La question de la semaine...


Vu ou Pas Vu, telle est la question ?

Nous sommes totalement addicts aux réseaux sociaux, devenus nos outils de communication principaux au quotidien. Et avec ses avantages et ses désagréments. Là où en 2003, t’étais déjà happy de faire rentrer tout ce que t’avais à dire dans ton texto sans payer de supplément, tu en es désormais à scruter la bonne réception dudit message.


Alors évidemment, il y a ceux auxquels tu n’apportes aucune réelle importance puisque les yeux fermés, tu sais d’avance qu’ils seront reçus, lus et auront une réponse bien plus rapide qu’un colissimo. Et puis il y a les autres. Ceux que tu destines à une personne bien en particulière et par ce groupe nominal bien trop long, je veux dire ton crush du moment. Si tes parents se sont rencontrés en faisant la queue au supermarché, toi, t’en es bien loin puisque les premières approches auxquelles t’as droit la plupart du temps sont complètement cyber’. Et si la drague se passe désormais sur écran, les bourdes orales qui semblent maintenant obsolètes se sont transformées en actions techniques dignes des plus grands acrobates. La plus célèbre d’entre toutes se résume alors en deux petites lettres : « vu ».


Mettons-nous en situation si tu le veux bien : t’es tranquillement installé(e) sur ton canapé et tu textotes l’élu(e) de ton cœur. Tu viens d’envoyer un message banal, une question, un petit texto coquin ou une déclaration shakespearienne. Et quelques secondes ou minutes plus tard, tu peux apercevoir ce petit mot qui contrôle désormais tout ton monde : « vu ».


Au début, tu manques juste de patience tellement tu as hâte de connaître la réponse. Puis, tu attends, tu attends, tu attends et…. rien.


Équivalent moderne d’une grosse claque dans ta gueule, ce seul mot peut anéantir ta journée, ta soirée, ta semaine, ton mois. Si la réponse est toujours absente, tu en arrives à réveiller le Mister Hyde qui sommeille en toi, passant par tous les états de nerfs et de dépression possibles. Normal, tu ne t’en fous pas. Tu te sens abandonné(e), rabaissé(e), détesté(e), trompé(e) et j’en passe. T’es même à deux doigts de tirer un trait sur toute cette histoire parce que, de toute façon « ça n’en vaut pas la peine ».


Quelques temps plus tard, la réponse n’est toujours pas venue et tu en es arrivé(e) à des jugements hâtifs ou des scénarios dignes des meilleurs films de Spielbierg. On passera aussi sur une version bien plus primitive du «vu», ce message qui reste ad vitam aeternam en non-lu comme si cela requerrait un effort monstrueux de cliquer sur une fenêtre. Summum du "je m’en foutisme" à tes yeux.


Donc on est en 2019, il existe des traducteurs pour chats et des voitures qui se conduisent toutes seules mais on en est encore à devenir complètement dingos à cause d’un tout petit mot sur un écran ? Peut-on vraiment appeler ça le progrès ? Que nenni.


Mais dans un cas comme dans l’autre, je m’interroge. Comment en sommes-nous arrivés à être soumis à ce besoin d’attention qui n’a plus rien de réel ? Si ton crush n’ouvre pas ton message, cela signifie-t-il que tu comptes autant qu’un M&M’s sans enrobage au fond du paquet ? Pour toi (et même pour moi, je t’assure), c’est exactement ça. Le silence est donc assimilé à un rejet certain.

Tu es resté(e) deux heures sans réponse quand soudain… Bip bip bip. BAE a enfin répondu et te revoilà propulsé(e) au pays des licornes et des paillettes holographiques. Tu te sens bête, mais moins bête que si ton destinataire avait été au courant de ce que tu viens de traverser. Enfin, sauf si tu ne t’en es pas caché(e), provoquant par la même occasion une dispute complètement absurde du genre « T’as vu mon message y’a deux heures et 31 secondes et t’as osé me lâcher un vu ». Lis cette phrase à voix haute trois fois. J’espère que tu rigoles autant que moi à l’heure qu’il est.


Voilà, tu as un date demain avec cette personne, tu vas parler avec elle, rire et sorti de nulle part, il y aura un silence. Un silence que tu pourras assimiler à un « vu ». Sauf qu’en fait, tu risques bien de te faire regarder avec malice, avec amour ou avec tendresse. Qui sait, ce silence te vaudra même peut-être ton premier french kiss.


Tu te sens bête à l’heure qu’il est ? Ouais, moi aussi.


Moralité de l’histoire : préfère un vrai regard à un « vu », ça pourrait changer ton monde.



La Garçonne

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