top of page

Team JuL : On a vu le documentaire inédit avant sa sortie, voici ce qu’il faut savoir

Team JuL
Team JuL : Un documentaire inédit sur France.TV. Crédit photo : 13 Prods

Avec Team JuL, le réalisateur Anthony Igoulen signe un documentaire qui décrypte le phénomène JuL, devenu en dix ans l’un des artistes les plus populaires du rap français. Entre indépendance, hyperproductivité et mystère médiatique, le film revient sur l’ascension fulgurante d’un rappeur marseillais qui a bouleversé les codes de l’industrie musicale et fédéré toute une génération.


Invisible dans les médias mais omniprésent dans la culture populaire, JuL fascine autant qu’il divise. En dix ans de carrière, le rappeur marseillais a cumulé plus de 7 milliards de streams, sorti plus de 1 000 titres, 34 albums et décroché près de 200 certifications, trois Stade Vélodrome, un Stade de France… l’artiste est devenu l’un des plus gros vendeurs de l’histoire du rap français. Alors qu’il s’apprête à sortir son nouvel album Oubliez-moi le 15 mai et à retrouver la scène du Stade de France les 15 et 16 mai puis celle du Stade Vélodrome les 29 et 30 mai, le documentaire Team JuL revient sur l’ascension fulgurante d’un artiste devenu un véritable phénomène culturel.


Réalisé par Anthony Igoulen - déjà derrière Soprano : à la vie, à la mort et Gang Stories - le film analyse comment JuL a bouleversé les codes de l’industrie musicale, imposé son propre modèle et fédéré toute une génération. Rencontre avec le réalisateur.


Anthony Igoulen : "JuL revendique une indépendance, le fait de s’être fait tout seul"


WAM : JuL est décrit dans le documentaire comme une icône insaisissable. Comment expliquer cette présence à la fois omniprésente et pourtant si mystérieuse qu’il a su préserver?

Anthony Igoulen : C’est un peu l’angle de tout le documentaire. On voulait se pencher sur le phénomène JuL et comprendre comment il a réussi à « contaminer » toute la France et aujourd’hui toute l’Europe, voire le monde, en étant aussi discret et absent des médias. Il est très présent sur ses réseaux sociaux et en lien direct avec son public. On a vu que c’était un peu une révolution dans le monde de la musique, cette façon de communiquer. Le côté rare dans les médias, ça existe déjà comme avec les Daft Punk, qui ont cherché l’anonymat et à se faire rares pour créer cette sensation de mythe. Le mythe, c’est quelque chose que personne n’a vu, mais dont tout le monde a entendu parler et qu’on connaît. Je pense que c’est cette stratégie-là qui est assez intéressante et qui explique son succès aujourd’hui. JuL, il est omniprésent par sa musique, mais extrêmement rare dans les médias et ça donne une personne qui fascine.


WAM : Le documentaire insiste aussi sur son indépendance dans la production de sa musique, via son propre label. Est-ce que JuL a, selon vous, bouleversé les codes de l’industrie musicale sur ce point ?

Anthony Igoulen : Je pense que JuL a saisi une opportunité et compris la métamorphose de l’industrie musicale avant tout le monde. C’est un jeune, c’est quelqu’un qui aime travailler dans son coin, se débrouiller avec des bouts de ficelle et justement, il a compris avant tout le monde l’arrivée du streaming et qu’il pouvait se passer de distributeurs, des labels et pouvoir lui-même envoyer sa musique à ses auditeurs. Il a compris très vite qu’on est dans une époque où l’on aime consommer vite et beaucoup. Et comme il a une capacité à produire très vite et beaucoup, il a sauté sur l’occasion pour sortir un grand nombre de titres rapidement, ce qui a inondé le marché et c’est ce qui a pris.


WAM : Quand on pense à JuL, on pense immédiatement à Marseille. Quelle influence la ville a-t-elle eu sur son succès, et dans quelle mesure JuL a-t-il contribué à renouveler l’image de Marseille ?

Anthony Igoulen : Marseille, il y a toujours eu un lien très fort avec ses enfants. Il y a des exemples dans le passé avec Soprano, dans le football Cantona, Zidane… il y a vraiment un attachement à cette ville, une revendication, les gens sont fiers de venir de là-bas. Il y a un contre-pouvoir avec Paris assez important. Marseille, c’est une ville qui a beaucoup souffert, qui a eu une mauvaise image. Aujourd’hui, les gens ont une fierté de mettre en lumière leur ville. JuL s’inscrit totalement là-dedans, il revendique cette identité marseillaise, cette multiculture, car il y a quand même cette fierté à Marseille d’avoir un endroit agréable où des nationalités vivent ensemble. Mais en même temps, ils sont assez lucides sur leur ville, les difficultés, la violence actuelle, des choses comme ça. Ils veulent faire briller Marseille, tout en étant assez transparents et donc c’est ce qui est assez touchant.



WAM : Selon vous, JuL peut-il être considéré comme un ambassadeur culturel ?

Anthony Igoulen : Oui, je pense qu’aujourd’hui c’est indéniable. Dans son parcours, il a été critiqué pendant longtemps, moqué pour son style de musique… mais aujourd’hui, on l’explique dans le documentaire, il a inventé un style musical : le “type beat Jul”. Peu de musiciens peuvent revendiquer avoir inventé quelque chose aujourd’hui, et JuL, lui, le peut. Ça a été une culture moquée pendant très longtemps, mais quand on voit aujourd’hui le nombre d’auditeurs qu’il a, les spectacles qu’il fait, on ne peut pas dire que JuL ne fait pas partie de la culture aujourd’hui.


WAM : Le documentaire met aussi en lumière le fait que JuL divise, entre ses fans et ceux qui le considèrent comme un produit commercial. Mais aujourd’hui, existe-t-il encore des artistes qui ne soient pas, d’une manière ou d’une autre, des artistes commerciaux ?

Anthony Igoulen : JuL revendique une indépendance, le fait de s’être fait tout seul. Ce qui était vrai au début, c’est un travailleur, il a cherché à rencontrer les bonnes personnes… aujourd’hui, il faut être lucide, il a toute une équipe derrière lui : des gens qui le protègent, qui garantissent ses intérêts, il y a toute une stratégie marketing autour de sa marque, des vêtements, des boutiques éphémères, des albums, des salles de concert… ce rêve d’indépendance que tous les artistes ont, car il y a l’image de JUL, oui, mais JuL, il faut bien comprendre qu’il est en auto-production, mais qu’il a un distributeur, il est accompagné. On n’est pas dans une indépendance du type “je fais ma musique dans mon coin”. Il y a des gens derrière lui et avec lui.


Le côté commercial choque aujourd’hui et beaucoup de gens lui tombent dessus, mais c’est proportionnel à son succès. Vous prenez des artistes comme Mylène Farmer, son marketing est gigantesque aussi, c’est à chaque fois en fonction de la taille de l’artiste.


WAM : Est-ce que le documentaire révèle un détail sur JuL que le public ne connaît pas encore ?

Anthony Igoulen : Le documentaire s’inscrit avant tout dans un moment jugé opportun. JuL, sans qu’on en ait toujours pleinement conscience, est présent dans le paysage musical français depuis une dizaine d’années. Avec ces dix années de carrière, c’était le bon moment pour dresser un bilan de son parcours et de ce qu’il incarne aujourd’hui. Le recul était suffisant pour observer l’ampleur de son ascension et analyser ce phénomène dans sa globalité. D’autant plus que l’artiste a atteint un véritable sommet ces dernières années : des concerts au Stade de France l’an passé, et de nouvelles dates au Stade Vélodrome. Ce niveau de reconnaissance permet aujourd’hui de relire son parcours sous un autre angle : celui d’une trajectoire qui, à ses débuts, a souvent été moquée, que ce soit son écriture ou sa manière de parler, mais qui, malgré cela, s’est imposée et a rencontré un succès massif. C’est bien plus qu’un documentaire sur JuL. C’est un documentaire sur son public, sur les gens qui écoutent sa musique et sur ce phénomène musical.


Peu de musiciens peuvent revendiquer avoir inventé quelque chose aujourd’hui, et JuL, lui, le peut.

WAM : JuL est-il, selon vous, un artiste de son époque ou en avance sur son temps ?

Anthony Igoulen : D’un point de vue extérieur, on aurait tendance à dire que c’est un artiste en avance sur son époque : parce que c’est le premier à avoir explosé, à avoir compris le système de distribution, à avoir compris les réseaux sociaux… après, est-ce que c’est le premier ? Je pense qu’il y en a d’autres avant qui ont essayé, mais qui n’ont pas eu le même succès. Je dirais un avant-gardiste dans le succès.


WAM : Existe-t-il, selon vous, une idée reçue sur JuL que vous souhaiteriez déconstruire ?

Anthony Igoulen : Au début, je n’étais pas du tout un fan de JuL. Justement, je faisais partie de cette population qui regardait ça avec un œil un peu méfiant, pas très intéressé. Ce qui m’a touché dans le documentaire, c’est d’avoir senti dès les premiers jours de tournage devant le Vélodrome cette énergie et cette force de rassemblement. Ce que je voudrais montrer, c’est que je pense qu’il y a beaucoup de sincérité, de lui-même dans ce fait d’avoir été fidèle à son quartier, à ses racines, à son style vestimentaire, à son langage, à l’amitié… je pense qu’il y a une grande sincérité. Après, il faut savoir que dans ce monde, s’il n’y a pas de marketing derrière, ça ne peut pas marcher. Je crois en la sincérité, mais la sincérité ne va pas sans un marketing solide et je pense que JuL est les deux.

Commentaires


  • White YouTube Icon
  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
  • White Instagram Icon
bottom of page