La Digital Detox : Mission (im)possible ?


Consulter ses e-mails 20 fois par jour, se balader sur Instagram dès que possible, actualiser son fil Facebook à longueur de journée, dormir avec son portable près de soi… Depuis qu’ils sont arrivés sur le marché, il y a une dizaine d’années, les smartphones ont changé nos modes de vie. L’oublier chez soi, c’est expérimenter le phénomène du "membre fantôme”. Son absence est devenue une source d’angoisse. Le téléphone est la première chose que de nombreux Français voient au réveil et la dernière le soir. Entre habitude et addiction, les écrans se sont greffés à de nombreuses mains. Avec ce nouveau mode de vie a surgi la tendance de la “détox digitale”. Quand faut-il en faire une? À qui s’adresse-t-elle ? Et surtout peut-on vraiment se déconnecter en 2019? Réponses.


Comment ne pas devenir accro à son smartphone et à toutes ses applications quand, en un simple clic depuis son canapé, il est devenu possible de voyager à l’autre bout du monde, se faire livrer à manger, faire des rencontres amoureuses, s’informer, découvrir le dernier album de PNL ou se mater les meilleures séries du moment sur Netflix ? Jessica Rolland, Social Media Manager et auteure du livre “Objectif Digital Détox” (aux éd. Kawa), est tombée dans le piège de cette vie à portée de main. “J’avais tout le temps les yeux rivés sur mon portable. Je me réveillais la nuit pour vérifier mes messages, pour regarder mes e-mails et les notifications”.


Résultat : la qualité de son sommeil se dégrade et elle commence à avoir des migraines. Sa vie sociale est affectée. Elle finit même par préférer son monde 2.0. “Quand je sortais, je pensais à ces conversations laissées en attente sur mon ordinateur qui, pour moi, étaient bien plus intéressantes que la vraie vie”. Elle ajoute : “ce comportement nous rend même impoli. Que l’on soit entre amis, en famille, à table en plein milieu d’une discussion, on en devient mal élevé à ne pas écouter ce que l’on nous dit pour regarder une notification ou un message”. Selon Lagadec Marthylle, psychologue spécialiste des addictions comportementales, Jessica Rolland présente tous les signes de la dépendance : “l’addiction se manifeste par une consommation abusive, une relation avec l’objet qui peut avoir des répercussions sur la vie sociale, sur l’humeur et créer une souffrance”, explique-t-elle.


Le digital, une addiction comme les autres ?


“Pour s’en sortir, il faut d’abord admettre que l’on a un problème. Malheureusement, beaucoup de personnes ne se rendent pas compte qu’elles sont concernées”, déplore Jessica Rolland. Pour elle, la prise de conscience a commencé avec sa fille. “Elle réclamait mon attention, mais moi, j’étais trop occupée sur mon portable. Jusqu’au jour où elle me l’a fait remarquer. Si au début, j’ai plutôt mal pris cette réflexion, j’ai très vite compris qu’elle avait raison”. Passionnée par les voyages, c’est grâce à Instagram qu’elle a un autre déclic. “Je me suis demandé si je n’allais pas finir par aller dans certains pays parce que c’est à la mode alors que je n’en ai pas envie ! Je ne veux pas passer plus de temps à prendre en photo un paysage qu’à le contempler”.


Avec son poste de Community Manager, son travail se fait en partie sur son portable. Pour réussir à se mettre des limites et analyser son problème, elle décide de se faire aider par une psychologue. “Je voulais régler ce souci, mais aussi mieux me connaître et découvrir pourquoi j’ai toujours été attirée par le web”. La spécialiste des addictions souligne qu’il est important d’entamer une thérapie pour mieux comprendre ce type de comportement. “L’addiction, n’est qu’un symptôme. Pour mettre fin à celle-ci, il faut découvrir ce qui se cache derrière. L’addiction n’est que la partie visible de l’iceberg. Elle compense, un manque, cache une faille. Toutefois, si elle se caractérise par un plaisir immédiat : le sexe, c’est l’orgasme. L’alcool, c’est la sensation d’anesthésiant. La drogue, c’est la dopamine. Il n’y en a aucun à allumer son écran. Il faut du temps pour que cela devienne compulsif et addictif”.



Comment s’en sortir ?


Livres, séjours ou encore voyages pour se couper du monde… Nombreuses sont les solutions proposées pour venir à bout de ce nouveau fléau. Sans oublier les applications dites “digital detox” pour soigner le mal par le mal. Pour la psychologue, une fois que la cause du problème est détectée, il faut “y aller progressivement. On ne demande pas à un alcoolique d’arrêter du jour au lendemain. C’est un processus lent”. Personne ne vous en voudra si vous n’êtes pas sevrés du jour au lendemain. Elle conseille alors de se mettre des limites, de s’imposer des horaires et de varier les divertissements “sans toujours faire appel aux écrans”. Ainsi, les week-ends dits “healthy” ne seraient pas une solution pour s’en sortir. “Le principe de partir quelques jours en lâchant son portable, ne résout rien. Que se passe-t-il quand on retourne dans la vraie vie ? Ils sont toujours là, donc il faut apprendre à vivre avec sans excès et non sans”.


Tout est donc dans le contrôle et la limite. C’est ce qu’a fait Jessica Rolland pour se défaire de sa relation toxique avec le monde virtuel. Hors de question de dormir avec un écran près d’elle ou encore de surfer sur Internet à table. Pour y arriver, elle s’est aidée d’une application de “digital détox”. “Quand vous recevez une notification vous informant que vous avez ouvert Facebook 17 fois en moins de deux minutes, vous prenez peur”. Puisque le web est un outil indispensable dans son travail, elle se trouve de nouvelles occupations en dehors de ses heures de bureau. “J’ai utilisé la thérapie par concurrence, c’est-à-dire qu’il fallait détourner le cerveau avec de nouvelles activités. À l’époque, passer 15 minutes sans consulter Internet, c’était déjà une victoire !” Une méthode qui a fonctionné et qu’elle partage dans son livre. Et si vraiment vous avez du mal à vous défaire d’Internet et des écrans, voici quelques bonnes raisons de faire un break avec Internet et les écrans. La lumière bleue bousille vos yeux et perturbe le sommeil. Bonjour les cernes et le teint blafard au réveil. En limitant votre accès au monde virtuel, vous êtes certains de ne pas vous faire spoiler la suite de Game of Thrones. Sans oublier que vous allez (enfin) profiter du monde réel et vous libérer de cette pression que nous font vivre les réseaux sociaux à coups de #CoupleGoal et de photos de FitGirl et FitBoy. Enfin, c’est un bon moyen de faire un geste pour la planète en réduisant sa consommation d'électricité en arrêtant de toujours chercher une prise pour charger son iPhone. A bon entendeur !



By Claùdia Ferreira

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